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Team Synchro Energie – Partie 1

Saison 2009-2010
Tango – Anges et Démons

Pour commencer la nouvelle saison, il nous fallait d’abord passer les auditions. Nous avions un quizz pour cerner nos personnalités, des tests physiques, ainsi qu’un test sur glace. Ce fût ce dernier que j’ai trouvé le plus intéressant et que j’ai adoré. Nos entraîneurs nous avaient préparées deux dessins qui correspondaient aux séries de pas que nous devions présenter, mais pour ça, nous devions d’abord déchiffrer les schémas en hors-glace.
Ce moment me rappelait la saison précédente, où j’avais dessiné le sens des différents virages pour une fille de mon équipe, pour qu’elle puisse faire la différence entre chacun d’entre eux.

Notre première saison reste dans un sens une réussite : nous avions créé une nouvelle équipe avec une belle cohésion et nous avions eu une belle progression durant toute l’année. De plus, nous savions que nous avions fait nos preuves aux yeux de la France et nous étions enfin toutes sur la même page: les Lovériennes ne rêvaient plus de faire la French Cup, elles voulaient maintenant tout autant que les Rouennaises se qualifier pour la Coupe du Monde.
De plus, une patineuse de Caen ainsi qu’une patineuse de Lyon rejoignaient notre équipe. Notre idée de rassembler les meilleures patineuses pour créer une équipe de France était finalement en train de voir le jour.

Nous avons eu la chance de choisir nos thèmes avec nos entraîneurs, qui nous avait demandé notre avis. Juste ça je trouve que ça change tout : si les patineuses aiment leurs musiques, c’est déjà 50% de chance de faire de bonnes performances et de passionner le public. Le reste, c’est du travail et de la constance.

Nous sommes parties au Mans, durant une semaine pour monter nos nouveaux programmes car la patinoire de Rouen était fermée pour travaux. Encore une fois, nous avons fait appel à Merja Lakkonen qui a fait un excellent travail.
A la fin du stage, nous savions que nous ne patinerions pas ensemble avant la fin août, c’est-à-dire d’ici 1 mois et demi. Nous devions donc pratiquer chez nous, en hors glace, les pas de nos nouveaux programmes pour ne pas les oublier, ainsi que suivre un plan d’entrainement pour garder notre condition physique. Pour ma part, j’avais 5 semaines de stage pour continuer de progresser individuellement. Un été plutôt sportif, que j’avais choisi et qui ne pouvait pas me rendre plus heureuse.

Après mon stage de Ligue en artistique à Cherbourg (voir article précédent), la Team Synchro Energie était maintenant de retour sur la glace pour se préparer pour notre première échéance: les Masters de Patinage Synchronisé, à Lyon, début Novembre. Autant dire que nous n’avions jamais eu de compétition aussi tôt dans la saison.
Pour cette saison, trois compétitions comptaient pour le Chemin de sélection à la Coupe du Monde Junior :
– Les Masters
– Les Championnats de France
– La French Cup
Autant dire que l’équipe qui gagnait 2 des 3 compétitions était qualifiée. Nous nous devions donc d’être prêtes.

Notre première compétition de la saison fût aussi la première édition des Masters version patinage synchronisé. Elle existait déjà pour le patinage artistique depuis plusieurs années, comme compétition de préparation à la nouvelle saison permettant aux patineurs de se mettre en condition mais aussi pour avoir des retours sur leurs nouveaux programmes et leur permettre de s’améliorer avant les échéances internationales et nationales.
C’était maintenant au patinage synchronisé de développer ce système plutôt intéressant et ainsi de faire percer notre discipline au sein de la Fédération Française.

La compétition se déroulait à Lyon, et nous devions faire nos deux programmes, incluant nos pratiques officielles dans la même journée. Autant dire que c’était un emploi du temps plutôt chargé!
Nous avons réalisé un bon programme court, nous étions contentes de notre performance et de nos points. Black Diam’s, nos seules concurrentes, passées après nous, et nous n’avons pas eu le droit de regarder. Nous sommes directement allées au vestiaire pour se changer, puis direction l’extérieur de la patinoire pour profiter du soleil et pour s’étirer.
Nos entraîneurs restaient sur le côté, parlaient entre elles mais nous n’avions aucune communication quant aux résultats. Je savais ce que ça voulait dire: nous étions deuxième. Et Camille, mon amie et coéquipière me le confirma après avoir reçu un message de ses parents.
Premier réflexe? « Combien de points d’écart? » Je voulais savoir si on était dans les choux ou si on pouvait se battre pour arracher la victoire, celle qu’on attendait avec impatience. Nous étions à quelque chose comme 2 à 4 points de différence. C’était jouable.

Cependant, ça ne changeait pas que j’étais déçue. Déçue car j’avais l’impression que l’histoire se répétait pour une deuxième année. Je voulais gagner, je savais que nous en étions capables. Habituellement, je digère mes émotions pour le reste de la soirée, et après ça, je suis prête à retourner au combat. Cette fois-ci, je me devais d’être prête beaucoup plus vite : le programme long n’était pas le lendemain mais dans quelques heures.
Étrangement, je n’ai eu besoin que d’une heure maximum, peut-être aussi parce qu’il fallait s’échauffer pour la pratique officielle du programme long. D’ailleurs, habituellement c’est quelque chose que je n’aime pas ça, mais nous étions toutes d’accord dans l’équipe: nous devions faire le programme en entier durant la pratique officielle. Nous n’en avions pas fait assez en entrainement et nous en avions besoin pour se sentir en confiance. En effet, ce fût seulement la 3ème fois, et la compétition notre 4ème programme exécuté entièrement.
Et encore une fois nous avons fait une bonne performance, bien sûr quelques erreurs ici et là qui seront à peaufiner pour la suite, mais pour une première fois c’était une réussite.

Et cela s’est vu et ressenti, puisque nous avons reçu beaucoup de compliments par rapport à notre évolution vis-à-vis de la saison précédente mais aussi par rapport à nos programmes. Le public a aimé, les juges aussi: nous étions premières du programme long!
Mais cela n’a pas suffit, et nous sommes restées deuxième au classement final. Rageant, mais à même pas 2 points de la victoire, très encourageant. La saison s’annonçait palpitante.

Compiègne : 1 – Rouen-Louviers : 0

De retour à l’entrainement, nous étions motivées comme jamais: nous avions soif de victoire! Non seulement, car on était vraiment proche du but, mais aussi parce que si on voulait encore avoir une chance de se qualifier, nous n’avions plus le choix: nous devions gagner nos deux prochaines rencontres.
De plus, bien que nous n’ayons pas pu voir les performances de Compiègne en direct, certains parents avaient filmé et nous avions pu voir leurs programmes. Autant la saison précédente je les trouvais bien meilleures que nous, d’autant plus qu’elles essayaient des niveaux plus difficiles, autant cette saison nous jouions dans la même cour. C’était possible.

Alors nous avons travaillé fort! Nous avons fait les modifications nécessaires dans nos programmes et nous étions enfin prêtes pour les Championnats de France Elite, à la mi-Décembre.
La compétition se déroulait à Marseille, dans le Sud de la France, dans une toute nouvelle patinoire. C’était comme une inauguration, et c’est certainement l’une des plus grandes patinoires que j’ai vu en France. Aujourd’hui, c’est juste un drame d’avoir une patinoire aussi intéressante et de ne rien faire avec…

Nous avons pris l’avion pour nous rendre à Marseille, et sur la route de l’aéroport, nous avons récupéré, avec mon père, deux patineuses à cause de la neige.
Une fois arrivée à Marseille, nous étions dans l’hôtel officiel, c’est-à-dire celui où étaient les juges et les membres de la fédération, avec les Black Diam’s ainsi que les patineurs des autres disciplines.
C’est certainement la raison pour laquelle ces Championnats de France étaient l’une de mes compétitions préférées : nous avions l’occasion d’être mélangées aux autres disciplines de notre sport et d’avoir enfin l’impression d’appartenir au groupe. Malheureusement, ce n’était pas la pensée de certains athlètes: « La synchro, c’est pour ceux qui ne sont pas assez bons pour patiner seuls ». Mais ce n’est pas eux qui gâcheront le bonheur que j’avais d’être là.

L’organisation avait décidé de l’ordre de passage au lieu de faire un tirage au sort : ça serait le résultat de la saison passée dans l’ordre inverse. Nous avions donc l’honneur d’ouvrir la compétition avec notre programme court. Et nous avons commencé avec une petite frayeur, rien de mieux pour la confiance!
En effet, l’une de mes coéquipières Marine, s’est retrouvée avec un problème de lame. Elle avait du mal à avancer et freiner et nous n’avions encore rien fait du programme. Heureusement, sa première réaction fût de regarder sous sa lame, avec la chance d’y trouver un bout de scotch!!
Le programme court aurait pu tourner à la catastrophe, mais au final, nous avons fait une bonne performance malgré ce début un peu paniquant.

Je n’avais jamais aimé enlever mes protèges-lames trop tôt avant une performance, et je peux dire que cette histoire ne m’a pas aidé à avoir confiance. Vous pouvez être sûre que je suis toujours la dernière à les enlever, et que je suis toujours en train de vérifier que tout est correct jusqu’à ce que j’ai un pied sur la glace, même encore aujourd’hui!

Malgré tout, malgré notre bonne performance, ce n’était toujours pas suffisant. Encore une fois nous étions deuxième. Avec 3 à 4 points de retard. Les Black Diam’s continuait de nous dominer.
Encore une fois, j’étais déçue. Je me demandais : qu’est-ce qui nous manque pour enfin gagner?
De plus, la synchro était le dernier événement de la journée et pendant le surfaçage nous avons pu voir les estrades se vider tout doucement. Le public ne s’intéressait pas à notre sport alors que la beaucoup ne le connaissent même pas. C’est décevant.

Alors comme l’année passée à Colmar, l’événement du programme long fût déplacé avant les programmes longs des hommes. C’était le seul moyen pour que le public reste, et moi, ça m’arrangeait bien. Ça voulait dire que l’on pouvait regarder la compétition. Nous avions déjà eu la chance de regarder une petite partie des programmes courts femmes, pour encourager une patineuse de Rouen, Cyrielle, mais j’ai toujours préféré regarder le patinage masculin.

Malgré la déception du programme court, il y avait une chose dont nous étions sûres : notre programme long était notre force et avec lui, nous pouvions peut-être faire la différence pour gagner. Bien sûr, ce n’est jamais la solution idéale de compter sur un seul programme, mais nous n’avions maintenant plus le choix.

Le lendemain étant une autre journée, nous étions prêtes à nous battre pour égaliser. Mais avant ça, il fallait s’assurer d’avoir toutes nos patineuses! En effet, partager le même hôtel, c’est aussi partager le même ascenseur, et parfois pour ne pas être en retard nous avons tendance à être trop nombreuses… C’est ce qui est arrivé : environ 10 patineuses de Compiègne avec 4 patineuses de notre équipe se sont retrouvées bloquer dans l’ascenseur, à même pas deux heures de partir pour la compétition. Avec le reste de l’équipe, on était en train de se faire des scénarios sur la suite des événements: comment nous pouvions quand même patiner à 14, est-ce qu’ils garderaient le résultat du programme court, mais nous n’en avons finalement pas eu besoin. Dans la demi-heure qui suivait, tout le monde était sorti, et nous étions enfin prêtes pour partir à l’échauffement.
Nous avons eu une belle alchimie, comme si on se disait, « profites-en car tout peut se terminer ce soir » mais en même temps, on avait le sentiment que ce soir c’était pour nous, qu’on était invincible.

Dans notre sport, tout le monde dira ou pensera que ce n’est pas forcément une bonne chose de passer en premier lors d’une compétition. Je dirais qu’au fur et à mesure des années c’est quelque chose de relatif, encore plus quand ton nom commence à avoir de l’impact.
On estime qu’on n’est pas jugé à notre juste valeur, ou que les juges se gardent une marge de manœuvre pour monter les notes des autres équipes si elles sont meilleures. Mais parfois, passer premier, c’est aussi pouvoir mettre la pression sur les autres. Spécialement dans notre cas.
Nous étions les premières sur glace, ce qui voulait dire deux choses:
– Nous établissions le score de base, et quand il n’y a que deux équipes, tout est jouable. Surtout quand on sait que notre programme long est notre force.
– Quand nos notes sortiront, nos concurrentes les entendront avant de patiner, et c’est quelque chose à double tranchant, il faut savoir gérer la pression et se concentrer sur sa propre performance.

Nous avons attaqué notre programme long avec la mentalité que nous n’avions plus rien à perdre. Car en soit, on était en équilibre entre les deux : égaliser ou abandonner notre rêve ici. Dans tous les cas, nous étions des battantes, et si tout devait s’arrêter là, alors on irait quand même la French Cup. C’est toujours agréable de patiner chez soi, mais surtout, ce n’est pas parce que tout était fini qu’on ne pouvait pas marquer un point à la French Cup.

Notre programme n’était pas parfait, nous avons fait quelques erreurs, mais nous n’avons rien lâché, nous avons donné notre maximum. Quoiqu’il arrive, nous n’avions rien à regretter, nous avons fait deux belles performances: la suite de notre parcours ne nous appartenait plus, nous avions fait ce que nous contrôlions.

Il nous restait plus qu’à attendre la performance des Black Diam’s. Mais s’il y a une chose à savoir, c’est que je suis le genre de personne qui aime gagner quand la victoire est belle et juste: pour être le meilleur, il faut battre les meilleurs et si possible, quand tout le monde patine à son meilleur.

Anne-Sophie et Valérie ne voulaient pas qu’on regarde leur performance. Elles ont dû nous pousser vers le vestiaire, mais nous sommes restées dans le couloir à attendre. Ça semblait interminable comme moment, surtout une fois qu’il n’y avait plus de musique. Les notes mettaient vraiment du temps à sortir. Ça ne devait pas être facile pour nos entraîneurs non plus : devoir éventuellement se préparer au fait que notre rêve, ne sera toujours pas pour cette année…

Pour ma part, j’avais suivi Pauline, l’une de mes coéquipières, au bout du couloir, proche d’une porte qui menait à la patinoire. De là-bas, on essayait de voir le programme tant bien que mal, mais ce fût plutôt un échec.

Photo prise à Rouen, lors de l’essayage des robes.

Jusqu’au moment fatidique: l’annonce des notes. Je ne sais pas si c’est mon cerveau qui voulait me protéger du pire, ou si l’annonce des notes dans le micro n’était pas claire à travers la porte, mais je n’ai rien compris. Cependant, je vois Pauline crier de joie et partir en courant vers l’équipe. Sans hésiter, je la suis, il m’a fallu une demi-seconde pour comprendre: nous venions de gagner!
Cependant, je n’arrive pas à réaliser et tant qu’on ne me le dira pas de vive voix, je n’arriverai pas y croire. Je voulais que nos entraîneurs nous le disent. Et quand ce fût le cas, il y a eu une explosion de joie dans le couloir, chose inhabituelle dans le monde du patinage artistique ou le silence règne.

Nous étions championnes de France ! 

Tout notre travail depuis un an et demi était enfin récompensé et c’était une bénédiction. Mais aussi un soulagement, nous étions encore dans la course, nous venions finalement de faire notre premier pas vers notre objectif : la qualification pour la Coupe du Monde.
Et bien que le podium fût un peu stupide, avec juste la capitaine et le reste de l’équipe dans les estrades, ça ne changeait rien à notre bonheur, et cette médaille fait partie de celle dont je chéris le plus dans mes souvenirs.

Compiègne : 1 – Rouen-Louviers : 1

Anecdote: Qui dit victoire, dit Gala des Champions!
Et bien qu’on voulait gagner, ce n’était pas forcément prévu dans notre planning. En effet, il était possible que nous manquions notre vol de retour!
Personnellement, je m’en fichais de rentrer, je voulais faire le gala et regarder les autres patineurs. D’ailleurs, ce n’était pas facile de patiner dans le noir avec très peu de lumières sur la glace. Notre performance était moins bonne que la veille mais nous venions de vivre une nouvelle expérience, et surtout, nous étions Championnes de France.
Une fois notre programme long terminé, nous devions nous dépêcher de nous changer pour partir à l’aéroport. Seulement, 6 d’entre nous devions attendre que l’un des mini-bus fasse l’aller-retour pour venir nous chercher, il n’y avait pas assez de place pour tout le monde.
Pour moi, le choix était évident: si j’attendais, je pouvais toujours regarder une partie du gala! 😉

A l’aéroport, après le Gala des Champions, avec encore le maquillage et le chignon!

Avant la French Cup, nous avions la chance de faire une dernière compétition de préparation à Berlin, en Allemagne. C’était une façon de gagner de l’expérience et de se montrer sur la scène internationale. En tant que nouvelle équipe, nous devions nous faire une place sur le circuit.
De plus, nous sommes allées chercher le retour des juges et des spécialistes techniques pour améliorer nos programmes avant la grande échéance. Nous voulions absolument mettre toutes les chances de notre côté. Nous n’avons pas fait nos meilleures performances mais ce fût une expérience très bénéfique d’autant plus que nous avons pu admirer les plus grandes équipes Séniors par la suite!
Alors à notre retour, nous avions 2 à 3 semaines il me semble, pour faire les modifications nécessaires dans nos programmes. Et grâce à cette compétition, la motivation était plus forte que jamais.

Les TSE à Berlin, Allemagne.

Alors quand la semaine de la French Cup fût enfin là,
nous étions prêtes pour la dernière manche de qualification.

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