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L’un ou l’autre?

Quand j’avais une saison de synchro incroyable, il ne se passait rien de bien palpitant en patinage artistique, et inversement. Ma saison 2010-2011 en tant que patineuse individuelle avait été au-delà de mes espérances. Pourtant, ça s’annonçait plutôt compliqué.

Etant née au mois de Juin, je ne bénéficiais pas de la possibilité de patiner une année de plus en catégorie Novice. Je faisais donc mon entrée en Junior. Le niveau était plus fort, cependant beaucoup de patineuses arrêtaient après leurs années Novices.
En effet, la compétition pour se qualifier aux Championnats de France était moins importante : nous devions être une trentaine ou quarantaine de patineuses à espérer décrocher une place parmi les 18 sélectionnées contre une centaine en Novice pour 24 places!
Pour ma part, cela ne changeait pas grand chose, je continuais ma petite aventure tranquillement.

Le meilleur moment de la semaine?
Les samedis matins!

A la French Cup 2010, je suis tombée amoureuse des Jingu Ice Messengers, une équipe représentant le Japon. Leur programme était incroyable et j’adorais les musiques, si bien que je les voulais pour mon prochain programme d’artistique.
Alors grâce à nos contacts de la French Cup, nous avons obtenu les titres, puis mon père les a téléchargés et s’est occupé de faire le montage de ma musique. J’avais la musique que je voulais: elle était originale, jamais entendue en France et je ne pouvais que faire bonne impression.

Pourtant, ma saison a failli être compromise à cause de ma première blessure. J’ai commencé à ressentir une douleur en arrière de la jambe, à la jointure entre les muscles glutéaux et l’ischio.
Plus je faisais des sauts, plus la douleur s’accentuait. Au gala de Noël de Louviers, j’ai demandé à ne pas faire mon programme solo. Une première, mais aussi un soulagement. Dans un des numéros, avec les autres compétiteurs artistiques, je devais faire un double flip. On m’avait dit que je pouvais faire juste un simple, mais j’étais bornée, j’allais faire le double. Je l’ai réussi, mais en me retournant pour continuer la chorégraphie, j’ai cru que j’allais tomber sous la douleur… Moralité? Il faut aussi savoir être raisonnable!

Le verdict est tombé lors d’consultation chez le médecin du sport : inflammation de l’ischio-jambier. J’ai arrêté de m’entraîner pendant trois semaines pour que cela guérisse. Seule exception: les Championnats de France Élite en Synchro. Après cela, comme la TSE ne s’était pas qualifiée pour les Championnats du Monde, je me suis mise au repos sans grande joie. Cependant, il était hors de question que je gâche ma saison d’artistique avant même qu’elle ne commence.

La révélation de la saison pour moi fût le Tournoi de France à Rouen. Ce que j’aimais habituellement des TDF, c’était de patiner devant des inconnus, car cela m’enlevait une pression. Bien que je patinais dans ma deuxième patinoire, c’était quand même le cas. De plus, je connaissais déjà la glace, j’avais donc toutes les conditions réunies pour faire une bonne performance.

Le samedi, en arrivant sur place, j’ai eu une grosse surprise: nous n’étions que quatre patineuses d’inscrites. Je pouvais faire un podium et je n’avais vraiment pas envie d’être celle qui ne monterait pas dessus!

Avec ce petit bonus de motivation, je me suis battue durant tout mon programme. Je ne voulais pas finir les fesses par terre, et bien que j’ai posé des mains ici et là, ce n’est pas arrivé. J’étais contente et satisfaite de ma performance, ce qui s’est ressenti dans mes notes. Je venais de faire mon meilleur pointage, en plus battre une autre patineuse! J’étais donc assurée de faire un podium!!
De plus, j’ai eu de bonnes notes concernant mes skating skills et j’ai validé ma séquence de pas niveau 4, c’était donc une double victoire pour moi!

Podium TDF2 de Rouen,
Janvier 2011

Le dimanche, la compétition continuait pour d’autres patineurs de mon club. Etant la seule patineuse en lice la veille, mon président de club, Pascal, n’était pas venu.
En arrivant à la patinoire, il a eu le plaisir de discuter avec l’une des contrôleurs techniques de notre région, Anne Bunel, qui était aussi sur mon panel de jugement. Elle lui a dit que c’était hier qu’il fallait venir car la petite patineuse de Louviers en Junior D2 avait fait une bonne performance!

Grâce à cette troisième place, j’ai eu une grosse surprise en regardant le classement national. Je venais de gagner beaucoup de points et de faire mon entrée dans le top 10 National! J’avais maintenant une chance de me qualifier aux Championnats de France!
A tel point qu’en me voyant descendre dans le classement national lorsque les autres patineuses marquaient des points après leur compétition, je voulais participer au dernier Tournoi qui avait lieu à Valence, dans le Sud de la France. Cependant pour une fois, personne n’avait l’air de vouloir suivre la folie de mes idées. Alors j’ai passé un long week-end à attendre le résultat de cette compétition, ainsi que ma journée du lundi à regarder si le classement national avait été mis à jour.
Jusqu’à ce que ce soit finalement le cas, en fin de la journée. Après avoir trouvé mon nom, j’ai regardé mon classement: j’étais 18ème. 18ème? Cela signifiait que j’étais la dernière sur la liste à être sélectionnée!!! J’étais qualifiée!!!

C’était une grande victoire et une fierté d’avoir réussi cet exploit, en particulier pour moi, ma famille, mes entraîneurs, mais aussi envers toutes les personnes qui ne croyaient pas en moi, car malgré tout, je suis allée au bout de mon rêve et c’est le plus important. Ne jamais abandonner pour de mauvaises raisons.

C’est moi qui ai eu l’honneur de l’annoncer à mes entraîneurs mais aussi à mon président de club. J’étais fière et pourtant gênée, j’avais un peu de mal à réaliser.
D’ailleurs, j’ai dû m’assurer qu’on m’inscrivait correctement à la compétition car j’ai failli perdre ma place à cause de jalousie…

Dans tous les cas, le 24 Avril 2011, je réalisais un rêve: patiner aux Championnats de France. Ce ne fût pas ma meilleure performance, très loin de là, mais j’avais réussi à atteindre quelque chose dont je n’avais jamais vraiment osé désirer auparavant.

Pirouette assise?
Ma pirouette préférée!

J’ai terminé la saison en gagnant le titre de Championne de Normandie et j’ai certainement réalisé ma meilleure performance de la saison lors du gala de fin de saison à Louviers.
Anecdote : Lors de cette représentation, j’ai évacué mon stress en parlant et en blaguant avec Adrien Tesson, ami que j’ai rencontré durant mes stages d’été à Cherbourg, avant de patiner. J’avais presque oublié que je devais patiner jusqu’à ce qu’on appelle mon nom sur la glace. Ma bête noire dans mon programme était mon double lutz, et ce jour-là, il est passé sans aucun problème. Cela m’a boostée pour le reste de ma performance. A tel point que ma mère et Marine, mon entraîneur, se disaient qu’il faudrait peut-être embauché Adrien pour venir en compétition avec moi…!

Pour la suite de mes aventures individuelles, il n’y aura plus grands choses à raconter. Je me suis battue pour valider ma médaille de bronze, et je l’ai manquée pour 0,14 point… Sans cette médaille, je ne pouvais plus participer aux Tournois de France.
En même temps, avec seulement 4h d’entrainement par semaine, dont deux heures le samedi matin, cela devenait de plus en plus dur de conserver mon niveau ou même de progresser… J’avais dû mal à l’accepter.
A croire que j’étais la seule patineuse du club prête à m’entrainer à 6h du matin tous les jours…!
De plus, le gérant de la patinoire nous coupait des heures de glace pour des activités plus lucratives financièrement…

Anecdote : Avant de tourner la page, Valérie tenait absolument à ce que je valide mon niveau. J’ai donc obtenu mon PN7 et PN8, l’équivalence de la bronze mais pour les non compétiteurs.
De toute façon, quand j’étais petite, je voulais absolument avoir mon PN6, car avec cette médaille, je pouvais postuler pour Holliday On Ice!

Si je devais avoir deux ou trois regrets par rapport à mon parcours, ce serait certainement ceux-ci :
Le premier, ne pas avoir eu un dernier numéro solo lors de mon dernier gala de fin de saison à Louviers en 2013. Seulement un numéro de groupe avait été prévu.
Néanmoins, j’avais changé de thème en cours de saison, j’avais repris la musique sur laquelle je m’étais qualifiée aux Championnats de France. C’était comme mon porte-bonheur, j’étais à l’aise et je me devais de finir avec elle.
Le deuxième, certainement d’avoir été trop têtue par moment, de ne m’être par forcément entraîner de la bonne façon pour pouvoir patiner au maximum de mes capacités, mais ça je m’en rendrais compte plus tard.
Le dernier serait certainement mon mental. C’est ce qui fait la force d’un patineur et en individuel, c’était ma plus grande faiblesse. Je pouvais finir deuxième sur la base value de mes éléments, mais ma performance me faisait chuté à la 6ème place car je gérais mal mon stress et mes pensées négatives…

Parfois, j’aurais aussi aimé commencer à patiner plus tôt, mais je suis persuadée que si ça avait été le cas, mon histoire n’aurait pas été aussi belle. Rien que pour cela, je n’y changerais rien et je suis heureuse de mon parcours. Je me suis battue pour avoir ce que j’ai aujourd’hui.

2010-2011 fût ma meilleure saison en tant que patineuse individuelle alors que c’est l’une de mes saisons de synchro que j’ai le moins appréciée. Comme une impression de devoir sacrifier l’un pour réussir dans l’autre. Pourtant, il m’était impossible de choisir.

Tout le monde pensait, moi la première, que si j’avais à choisir dans ma vie, mon choix se porterait sur l’artistique. J’ai toujours su que mon amour pour le patinage artistique était plus grand. J’adorais faire des sauts, des pirouettes, travailler pour moi-même, savoir que ma motivation et mon succès ne reposaient que sur mes efforts. Pour obtenir ce que je voulais, je ne pouvais blâmer personne en cas d’échec, juste moi.
Je pense que c’est la raison pour laquelle j’avais trouvé le parfait équilibre entre les deux :
– L’artistique, pour le dépassement de soi,
– La synchro, pour partager ma passion avec d’autres personnes et vivre mon sport à un autre niveau. (International)

Pourtant, si on en croit mon histoire, j’ai fini par choisir la synchro.

C’est aussi pourquoi je n’avais jamais envisagé la possibilité de changer de club pour partir dans un endroit plus compétitif. Louviers c’était chez moi.
Ce n’était pas le meilleur club de synchro, ni le meilleur club d’artistique de France, cependant c’était ma patinoire. Elle avait des allures un peu de hangar, avec parfois une odeur de chocolat grâce à une entreprise dans les environs.
C’est encore comme cela que je la vois aujourd’hui.

Je n’avais pas les conditions les plus idéales du monde, mais j’aimais relever les défis. La persévérance, n’est-ce pas un signe de réussite?

Le plus important, c’est que je n’ai jamais eu à choisir entre l’artistique et la synchro. J’ai été assez chanceuse de pouvoir vivre les deux au plus haut-niveau que je le pouvais. J’en serais toujours reconnaissante à mon club et à Valérie. Sans elle, je n’aurai certainement pas connu le même parcours.
En artistique, mes efforts étaient récompensés : on me proposait de me frotter aux meilleures ou presque. En peu de temps, j’avais assez progressé pour rattraper des patineuses ayant commencé bien avant moi. Quelle fierté!
En synchro, jamais de ma vie j’aurais cru participer à une Coupe du Monde!

Louviers,
tu représenteras toujours l’endroit où j’ai découvert le plaisir du patinage.
Merci de m’avoir permis de rêver plus grand.

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